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Franc Congolais : l’essentiel est fait et la confiance monte

Franc Congolais : l’essentiel est fait et la confiance monte

Les dix biais cognitifs d’un PhD s’attaquant à la monnaie congolaise - patrimoine national

Dans un article de presse paru en ligne ce lundi 12 janvier 2026, alors même que la Banque Centrale annonce une nouvelle intervention pour répondre aux besoins de liquidités en devises et casser les spéculations dans le chef de certains opérateurs économiques, un prétendu expert, aux réflexions rappelant l’effet Dunning-Kruger et la paranoïa, tente de semer le trouble et inoculer le doute quant à la stabilité avérée du CDF.

Se taire face aux inepties reprises dans ce papier aurait constitué une complicité silencieuse dans une campagne contre la monnaie nationale dont le raffermissement est salué par des millions de congolaises et de congolais. D’où la réaction qui suit, structurée en dix points, suivant les biais observés.

1. « La BCC tripote les réserves en devises… »Pourquoi l’argument est faux ou trompeur.

Présenter l’usage des réserves de change comme un simple « jonglage tactique » relève d’une caricature de la politique monétaire.

Dans une économie fortement dollarisée et importatrice comme la RDC, les interventions de la banque centrale sur le marché des changes sont un instrument standard et légitime de stabilisation :

- lissage de la volatilité excessive,
- ancrage des anticipations,
- prévention des spirales inflation-dépréciation.

La littérature montre que, dans les pays à faible crédibilité monétaire, les interventions discrétionnaires peuvent être plus efficaces que les règles strictes (Calvo & Reinhart, 2002).

👉 Ce n’est donc pas une absence de réflexion monétaire, mais une réponse contrainte par la structure de l’économie.

2. « Le Franc Congolais ne permet ni projection, ni planification ».
Erreur conceptuelle.

La capacité de projection économique ne dépend pas exclusivement de la monnaie, mais :
- de la stabilité macroéconomique globale,
- de la prévisibilité budgétaire,
- de la crédibilité des politiques publiques.

De nombreux pays à monnaie historiquement instable (Israël, Brésil, Pérou) ont restauré la planification avant une stabilité parfaite de leur monnaie (Rodrik, 2008).

👉 La monnaie est un symptôme autant qu’une cause, et non un obstacle autonome à la planification.

3. « La monnaie ne porte aucune valeur autonome »
Contresens théorique.

Cette affirmation est fausse en économie monétaire moderne. La monnaie possède une valeur institutionnelle et sociale :
- unité de compte,
- réserve de valeur,
- instrument de règlement des obligations fiscales.

Comme l’a montré Chartalism / Modern Monetary Theory, la valeur de la monnaie repose notamment sur la capacité de l’État à imposer et percevoir l’impôt dans cette monnaie (Knapp, 1924 ; Wray, 2015).

👉 Dire que la monnaie « ne porte aucune valeur » revient à nier le rôle central des institutions.

4. « La corruption comme destruction du lien de confiance ». Glissement abusif.

La corruption affecte la confiance, mais elle n’est ni la seule ni la cause première de l’instabilité monétaire.

L’instabilité monétaire, en théorie, résulte davantage de déficits non financés, chocs externes, dépendance aux importations, faiblesse de la base productive (Acemoglu & Robinson, 2012).

👉 L’argument est moralement séduisant mais analytiquement faible.

5. « Visa comme confusion stratégique ». Faux dilemme.

Opposer infrastructure nationale et réseaux internationaux de paiement est une erreur stratégique.
Les systèmes Visa/Mastercard réduisent le cash,
améliorent la traçabilité,
favorisent l’inclusion financière.

La littérature montre que l’intégration aux réseaux globaux renforce, et non affaiblit, les systèmes financiers nationaux (Beck et al., 2009).

👉 Le problème n’est pas Visa, mais l’absence de complémentarité stratégique. Et la Banque Centrale y travaille particulièrement, la digitalisation étant un des six piliers de son nouveau Plan Stratégique (2026-2030).

6. « La monnaie est créée majoritairement par les banques commerciales ». Assertion mal utilisée.

Oui, la monnaie est principalement créée par le crédit bancaire (McLeay et al., 2014). Mais en RDC :
- le crédit bancaire est faible,
- la création monétaire endogène est limitée.

👉 Cette vérité générale est peu pertinente empiriquement en contexte congolais.

7. « Le rôle de la Banque Centrale n’est pas de produire l’activité ». Argument hors sujet.

Aucune banque centrale ne « produit » directement l’activité économique.

Ce point est trivial, sans lien direct avec la stabilité de la monnaie nationale.

👉 Il s’agit d’un homme de paille rhétorique.

8. « La dollarisation est un abandon de souveraineté ». Lecture partielle.

La dollarisation en RDC est :
- une réponse endogène des agents économiques à l’histoire inflationniste,
- un mécanisme de protection privée, avant le retour à la stabilité du Franc Congolais.

La dé-dollarisation réussie (Pérou, Bolivie) a reposé sur une stabilité macroéconomique durable, une crédibilité progressive, des instruments incitatifs, etc. (IMF, 2015).

👉 La dollarisation n’est pas une fuite, mais une stratégie adaptative rationnelle en période d’instabilité. Mais le raffermissement du CDF suivi de sa stabilité réécrit le cours de l’histoire monétaire en RDC. La préférence pour les devises étrangères diminue globalement au profit de la monnaie nationale qui rassure désormais.

9. « L’indice de sentiment économique n’est pas suivi ». Confusion analytique et déconnexion face aux dernières évolutions.

Les indices de sentiment sont utiles, mais secondaires dans les économies à faible formalisation, moins prédictifs que les données réelles (prix, taux de change, importations). Même dans les pays développés, leur pouvoir explicatif est limité (OECD, 2017).

👉 Retenons que même si l’absence ne discrédite pas une politique monétaire, avec le nouveau top management de la BCC, la réactivation de la fonction de communication a impliqué le suivi de plusieurs indicateurs, entre autres l’indice de confiance en la monnaie nationale.

10. « La vitesse de circulation est ignorée ».
Argument obsolète.

La vitesse de circulation est instable, difficilement mesurable, largement abandonnée comme cible opérationnelle depuis les années 1980 (Friedman, 1988).

👉 Ce n’est pas une variable opérationnelle fiable.

Au-delà de ces dix biais, la conclusion philosophique (« l’ombre et l’objet ») pose également un problème fondamental. Elle confond analyse monétaire,
critique institutionnelle,
méditation philosophique.
Or la stabilité du Franc Congolais est une question d’ordre empirique, pas une métaphore. L’argumentaire substitue profondeur rhétorique à rigueur analytique.

En définitive, cette tribune :
- empile des vérités générales mal contextualisées,
- confond causes structurelles et instruments conjoncturels,
- ignore les contraintes spécifiques d’une économie dollarisée et importatrice.
👉 Elle ne propose qu’une lecture idéologique de la monnaie, détachée de l’économie politique réelle de la RDC.

Groupe de réflexion sur l’économie et le commerce (GREC)*

Le GREC est un regroupement d’économistes membres du Département de recherche en économie et finance au sein du Centre de recherche en sciences humaines (CRESH).

Bibliographie
- Acemoglu, D., & Robinson, J. A. (2012). Why nations fail: The origins of power, prosperity, and poverty. Crown Business.
- Beck, T., Demirgüç-Kunt, A., & Levine, R. (2009). Financial institutions and markets across countries and over time. World Bank Economic Review, 24(1), 77–92.
- Calvo, G. A., & Reinhart, C. M. (2002). Fear of floating. Quarterly Journal of Economics, 117(2), 379–408.
- Friedman, M. (1988). Money and the stock market. Journal of Political Economy, 96(2), 221–245.
- International Monetary Fund. (2015). Dedollarization: Experiences and policy implications. IMF Staff Discussion Note.
- Knapp, G. F. (1924). The state theory of money. Macmillan.
- McLeay, M., Radia, A., & Thomas, R. (2014). Money creation in the modern economy. Bank of England Quarterly Bulletin, 54(1), 14–27.
- OECD. (2017). Business and consumer confidence indicators. OECD Publishing.
- Rodrik, D. (2008). The real exchange rate and economic growth. Brookings Papers on Economic Activity, 365–412.
- Wray, L. R. (2015). Modern money theory: A primer on macroeconomics for sovereign monetary systems. Palgrave Macmillan.


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