Renégociations des contrats miniers : Et si cela est fait ?

Renégociations des contrats miniers : Et si cela est fait ?

Depuis sa rupture avec la coalition de Joseph Kabila en décembre 2020, Félix Tshisekedi veut imprimer de plus en plus sa marque dans la gestion en République démocratique du Congo.

Au plan politique et de gouvernance, le président a déjà montré qu’il veut se départir totalement du passé. Le président Congolais a fait savoir que dans le secteur minier, il doit renégocier les contrats miniers qui, selon les termes du chef de l’État congolais, ne profitent pas aux congolais. “Il est temps que le pays réajuste ses contrats avec les miniers pour sceller des partenariats gagnant-gagnant” a-t-il lancé lors de sa visite à Kolwezi, dans la province du Lualaba, qui est considérée comme “la capitale mondiale du cobalt”.

 

Jusque-là, le secteur minier était l’un des rares secteurs où l’ancien régime de Joseph Kabila et celui de Félix Tshisekedi étaient totalement d’accord. Certes, le président Tshisekedi ne parle pas encore de la révision du code minier, promulgué en 2018 par Joseph Kabila et considéré par plusieurs Congolais comme “une bonne loi”. Mais le message de Tshisekedi est sans équivoque. Selon les propres termes du président Congolais, “c’est la faute aux congolais” si les contrats ont été “mal négociés”. “Certains de nos compatriotes avaient mal négocié les contrats miniers. Pire, le peu qui revient à l’État, ils l’ont mis dans leurs propres poches”, a-t-il lancé.

 

Poursuivant son discours, Tshisekedi a ajouté : “les investisseurs nous ont trop volés. Ils deviennent de plus en plus riches, tandis que les Congolais continuent à croupir dans la misère”. Décidément, le président congolais a choisi de ne pas s’embarrasser du langage diplomatique.

Son message, martelé à Lubumbashi ( Province du Haut-Katanga) et à Kolwezi ( Province du Lualaba), deux provinces qui concentrent 60% des réserves mondiales du cobalt, et 10% du cuivre mondial, a une autre résonnance, chez certains analystes. Des observateurs estiment que le chef de l’État congolais a l’intention réduire la mainmise des chinois dans les mines de la RDC. Dans l’entourage de Félix Tshisekedi, ses proches répondent qu’il ne s’agit pas de viser les chinois particulièrement.

Mais, il convient juste de savoir que

le président Tshisekedi a fait cette déclaration dans les deux provinces minières de la RD Congo, là où il y a une trentaine d’entreprises minières détenues par les chinois, alors que les deux provinces comptent autour de 40 entreprises qui exploitent les mines.

Bien avant la déclaration du président congolais, les débats autour des possibles renégociations des contrats miniers ont agité de hauts fonctionnaires chinois et américains. Sur son compte Tweeter, le 06 mai, Peter Pham, personnalité incontournable de la diplomatie des Etats-Unis sur le continent africain, avait salué d’un “Bravo !”, l’idée, révélée par la presse, de revoir les contrats miniers au Grand Katanga (Haut-Katanga et Lualaba).

Après les déclarations du président Tshisekedi, Zhu Jing, ambassadeur Chinois en RDC a réagi d’un commentaire sur son compte Tweeter: “La RDC et l’Afrique ne doivent pas être le champ de bataille des puissances. Soyons vigilants à ceux qui crient aux combats et cherchent à créer de l’hostilité”.

 

Premier producteur mondial du cobalt, un métal, ingrédient dans la fabrication des piles électriques pour les voitures électriques, la RD Congo fait l’objet d’une attention particulière des puissances étrangères dans l’optique de la transition énergétique à venir.

 

Il est vrai que le président Félix Tshisekedi n’a pas cité nommément les contrats Chinois. Mais, les réactions des analystes convergent vers les entreprises chinoises qui constituent 80% des opérateurs miniers en RDC. La réaction de l’ambassadeur chinois à ce sujet est symptomatique sur cette question.

Une semaine avant le voyage de Félix Tshisekedi dans la grand Katanga, l’ambassade de Chine en RDC a informé que “le président Xi Jinping et le président Félix Tshisekedi ont eu un entretien téléphonique le 7 mai. Ils sont convenus de renforcer la coopération bilatérale et mettre en synergie les efforts internationaux pour soutenir le développement de l’Afrique”.

Devant la grande agitation, l’ambassade chinois en RDC ajoute :

“Fidèle aux principes de sincérité, résultats effectifs, amitié et bonne foi, la Chine est prête à renforcer avec la RDC le partenariat stratégique axé sur la coopération gagnant-gagnant”.

L’ambassade de Chine a ajouté encore : “la Chine et l’Afrique étaient victimes du colonialisme et de l’impérialisme. Aujourd’hui, la Chine et l’Afrique défendent ensemble leurs droits et luttent ensemble contre la diabolisation politique et les ingérences étrangères”.

 

Une certaine inquiète est perceptible chez les diplomates chinois. Lors de son passage à Kolwezi, le Président Tshisekedi a visité la société minière chinoise Sicomines et la Société Suisse Kamoto Copper Company, filière de Glencore. A Kolwezi, Félix Tshisekedi a assuré ses interlocuteurs investisseurs chinois que “la RDC attache une grande importance aux relations avec la Chine, notant que son pays s’engagera à faciliter la coopération avec les entreprises à investissement chinois, afin de faire de la coopération avec la Chine une opportunité

de développement pour la RDC.

 

Mais n’empêche, une enquête a débuté depuis 6 semaines pour évaluer les contrats chinois en RDC. “Elle devrait permettre de comprendre si le contrat sino-congolais a été basé sur une estimation réaliste des réserves et si l’exonération fiscale quasi-totale dont bénéficie la Sicomines (une entreprise chinoise en partenariat avec l’État congolais) est bien justifiée”, renseigne le site web de la Radio France Internationale. Cette enquête est menée par L’ITIE ( initiative pour la transparence des industries extractives), avec l’appui du gouvernement.

 

A l’occasion de la visite de Félix Tshisekedi au Lualaba, plusieurs informations lui ont été fournies. Mais le président a déjà une idée de comment il va réorganiser le secteur minier.

 

“Le point le plus important à regarder, c’est le niveau de remboursement de la dette. Pour voir comment le projet aide à rembourser la dette. Le deuxième point, c’est en termes de production, qui est aujourd’hui très faible par rapport à ce qui est prévu dans le contrat. Le troisième point, c’est la question des emplois. Combien d’emplois étaient prévus pour les Congolais et combien d’emplois ont été réellement créés”, a dit Emmanuel Umpula, membre de l’ONG AfreWatch, à Rfi.

 

Pendant ses années au pouvoir, Joseph Kabila a eu à négocier des contrats avec des firmes chinoises dans un partenariat qui consistait à faire une sorte de troc minerais contre la construction des routes, hôpitaux et autres infrastructures. Négocié pour un montant de 9 milliards de dollars, renégocié à 6 milliards après une forte pression du Fonds Monétaire International. A ce jour, près de 2,74 milliards ont été décaissés par la partie chinoise, pour l’essentiel sous forme d’investissements.

En même temps, au début des années 2000, pendant que la Gécamines, la principale entreprise minière de la RDC, était au bord de la faillite, plusieurs entreprises étrangères avaient signé des partenariats avec la RDC. Aujourd’hui, ils sont plusieurs ceux qui remettent en cause ces partenariats, “totalement déséquilibré” dans le partage des revenus miniers. “Ce partenariat fait perdre 2 milliards de dollars à la RDC”, selon Albert Yuma, président du Conseil d’administration de la Gécamines. Or selon le programme du premier ministre Sama Lukonde, l’actuel gouvernement compte

“profiter encore de 2 des 3 milliards de dollars des prêts chinois pour construire les infrastructures”.

 

C’est peut-être un recommencement qui s’annonce. Au début des années 2000, Joseph Kabila avait déjà eu à négocier les contrats miniers pour équilibrer les bénéfices entre l’État et les entreprises étrangères. En 2018, l’ancien président a fait réviser toute la loi minière. Trois ans après, le président Tshisekedi affirme que le déséquilibre continue.

 

Face à la persistance des déséquilibres dans le partage des revenus miniers, Félix Tshisekedi a lancé : “J’en ai vraiment assez ! Je suis très sévère envers ces investisseurs qui viennent s’enrichir seuls. Ils viennent les poches vides et repartent milliardaires”.


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