La République démocratique du Congo intensifie sa lutte contre l’exportation illicite de ses minerais, une pratique qui profite aux groupes armés et à leurs soutiens extérieurs. Lors du Conseil des ministres de ce vendredi, Kizito Pakabomba, ministre des Mines, a annoncé des mesures décisives pour contrecarrer ce commerce illégal qui alimente l’économie de guerre des rebelles du M23 et du Rwanda.
Rubaya, un site stratégique sous haute surveillance
Parmi les mesures adoptées, Kinshasa a décrété le classement des sites miniers de Rubaya (territoire de Masisi) et de Nyabibwe (territoire de Kalehe) comme "sites rouges". Rubaya, un centre névralgique de l’extraction du coltan, joue un rôle clé dans l’approvisionnement mondial de ce minerai essentiel à l’industrie électronique. Selon les estimations officielles, cette zone représenterait entre 15 et 30 % de la production mondiale de coltan.
L’exploitation illégale de ces minerais alimente non seulement l’instabilité sécuritaire en RDC mais aussi des réseaux de contrebande bien établis. En 2023, un rapport des Nations Unies avait révélé que près de 60 % du coltan exporté par le Rwanda provenait en réalité de la RDC, via des circuits frauduleux. Un exemple frappant est celui de la société rwandaise East Africa Minerals, accusée d’avoir revendu des minerais congolais à des multinationales sans traçabilité claire.
Le gouvernement congolais a également exigé la suspension des certificats de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL) pour les exportations de minerais en provenance du Rwanda, estimant que ces documents facilitent la commercialisation de ressources frauduleusement extraites du sol congolais.
Vers un audit international de la chaîne d’approvisionnement rwandaise
Kinshasa réclame la saisie et la confiscation des minerais exportés par le Rwanda jusqu’à ce qu’un audit international indépendant établisse leur provenance exacte. L’objectif de cette initiative est de contraindre la CIRGL à appliquer ses propres normes en retraçant l’origine des minerais rwandais. La RDC exige la suspension immédiate des certificats d’origine tant qu’aucune preuve irréfutable n’exclut la présence de minerais issus de zones sous contrôle du M23.
Cette pression vise également à soumettre la chaîne d’approvisionnement du Rwanda à une surveillance internationale, afin d’empêcher la commercialisation de minerais provenant de l’Est congolais sur les marchés internationaux, notamment en Europe et en Asie. Un précédent marquant est la décision des États-Unis en 2022 d’interdire l’importation de certains minerais rwandais en raison d’un manque de transparence sur leur origine.
Un contexte diplomatique tendu
Ces mesures interviennent alors que les tensions entre la RDC et le Rwanda s’intensifient. Plusieurs puissances occidentales commencent à prendre en compte les accusations congolaises concernant l’implication de Kigali dans le conflit. Le ministre des Mines a salué les premières réactions de la communauté internationale, notamment les sanctions ciblées contre James Kabarebe, conseiller spécial du président rwandais Paul Kagame, et certains responsables du M23.
Par ailleurs, le Conseil de l’Union européenne envisage une réévaluation de son protocole d’accord sur les minerais stratégiques avec le Rwanda, un tournant majeur qui pourrait accroître la pression sur Kigali. En 2021, un rapport de l’ONG Global Witness avait déjà dénoncé l’implication de plusieurs sociétés européennes dans l’achat de minerais rwandais d’origine douteuse, poussant certaines d’entre elles à revoir leurs approvisionnements.
Un suivi international renforcé
Le Conseil des ministres congolais s’est engagé à assurer la mise en œuvre effective de ces mesures avec le soutien de ses partenaires internationaux. Kinshasa espère que cette stratégie renforcera la lutte contre le pillage des ressources congolaises et garantira une exploitation minière conforme aux normes internationales. Des pays comme l’Allemagne et la Belgique, traditionnellement importateurs de minerais africains, ont déjà manifesté leur volonté d’imposer des restrictions aux fournisseurs ne pouvant garantir une origine licite de leurs produits.