La politique criminelle et la prophylaxie criminelle: comment lutter contre la corruption et le détournement en RDC ? ( Tribune)

La politique criminelle et la prophylaxie criminelle: comment lutter contre la corruption et le détournement en RDC ? ( Tribune)

Corruption en RDC sans réforme pénale et contrôle des dépenses, le combat restera un slogan.

La corruption et les détournements de deniers publics ne sont plus de simples infractions isolées en République démocratique du Congo. Ils forment aujourd’hui un système, profondément enraciné dans certaines pratiques institutionnelles, au point que le droit pénal actuel peine à en saisir la réalité.

Dans ces crimes, l’État est souvent la seule victime, tandis que le corrupteur et le corrompu se partagent le butin en silence. Tous deux sont satisfaits. Tous deux ont intérêt à ce que la vérité ne sorte jamais. 

Des hommes de paille aux montages financiers opaques, les bras sont devenus si longs que la signature du crime disparaît.

Pire encore, les criminels en col blanc finissent par perdre toute conscience du mal qu’ils causent.

 L’impunité devient une norme, et le détournement une banalité.

Face à cette réalité, il faut d’abord repenser nos instruments pénaux. Le droit doit rattraper l’ingéniosité criminelle. Mais cela ne suffira pas si l’État ne reprend pas le contrôle de ce qui constitue le nerf de la corruption : la chaîne de la dépense publique.

Chaque ligne budgétaire doit être suivie de l’engagement jusqu’au résultat final. Chaque acteur doit rendre compte. Sans obligation de résultat, le contrôle reste une illusion.

Sur le plan préventif, une politique sociale peut réduire certaines formes de corruption, même si les plus grands corrupteurs ne sont pas des pauvres. L’essentiel est ailleurs : réduire les opportunités criminelles.

Une task force regroupant la DCMP, l’ARMP, l’ANR, l’IGF, la Cour des comptes et d’autres organes de contrôle, placée sous l’autorité du conseiller spécial du Chef de l’État, pourrait assurer un suivi rigoureux, en amont et en aval, de tous les flux financiers publics.

Aimer son pays, ce n’est pas applaudir les discours.

C’est protéger ses ressources.

C’est aider le Chef de l’État à transformer la lutte contre la corruption en réalité tangible, et non en promesse récurrente.

 

Prof. Oscar Shamba 

Criminologue

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