Goma : la mort de l’humanitaire Karine Buisset ravive les inquiétudes sur les violences faites aux femmes

Goma : la mort de l’humanitaire Karine Buisset ravive les inquiétudes sur les violences faites aux femmes

La mort de l’humanitaire française Karine Buisset, survenue dans la nuit du 10 au 11 mars à Goma, continue de susciter interrogations et inquiétudes dans l’est de la République démocratique du Congo. Dans une analyse publiée sur le site Afrique XXI, la journaliste Colette Braeckman indique que la responsable humanitaire travaillait sur un rapport particulièrement sensible consacré aux violences faites aux femmes dans les zones affectées par le conflit.

Capitale de la province du Nord-Kivu, la ville de Goma vit aujourd’hui sous le contrôle des rebelles de l’Alliance Fleuve Congo et du Mouvement du 23 mars, un mouvement armé dont l’influence s’est fortement étendue dans la région ces derniers mois. Dans ce climat de tension et d’incertitude, la population préfère rester discrète.

Après l’annonce de la mort de l’humanitaire de l’UNICEF, une manifestation a été organisée par les autorités rebelles. Mais de nombreux habitants ont choisi de ne pas y participer, par crainte ou par méfiance face aux circonstances de l’attaque, officiellement attribuée à un tir de drone des Forces armées de la République démocratique du Congo.

La résidence touchée se situe dans le quartier résidentiel de Himbi, non loin du Lac Kivu. Les images diffusées montrent une maison gravement endommagée : façade criblée d’impacts, toiture éventrée et jardin dévasté.

Ces dégâts alimentent les interrogations de plusieurs habitants, certains estimant que l’attaque ne ressemble pas à un simple tir ciblé. Le quartier abrite par ailleurs plusieurs résidences liées à des personnalités politiques congolaises, notamment des propriétés associées à l’ancien président Joseph Kabila et au chef de l’État Félix Tshisekedi.

Selon des collègues congolais de la victime cités par Colette Braeckman dans Afrique XXI, Karine Buisset menait des recherches approfondies sur les violences subies par les femmes et les jeunes filles dans certaines zones de l’est du pays.

Ces violences ne se limiteraient pas aux agressions isolées souvent signalées autour des sites miniers. D’après les témoignages recueillis, des cas d’exploitation sexuelle organisée et d’enlèvements de jeunes filles auraient également été documentés dans des territoires contrôlés par des groupes armés.

Toujours selon ces sources, l’humanitaire avait rassemblé de nombreux témoignages et éléments de preuve, en vue de la rédaction d’un rapport qui aurait pu attirer l’attention internationale sur ces pratiques.

La mort de Karine Buisset intervient dans un contexte sécuritaire particulièrement fragile. Le M23, intégré à l’Alliance Fleuve Congo, contrôle aujourd’hui plusieurs zones stratégiques du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.

Des experts des Nations unies estiment que plusieurs milliers de soldats du Rwanda soutiendraient les rebelles sur le terrain, une accusation régulièrement rejetée par Kigali mais qui alimente les tensions diplomatiques dans la région.

Parallèlement, les rivalités autour des ressources minières restent un facteur majeur du conflit. La zone de Rubaya, connue pour ses gisements de coltan, est devenue un site stratégique où des milliers de creuseurs travaillent dans des conditions extrêmement précaires. Plusieurs éboulements récents y auraient causé de nombreuses victimes, dont des femmes et des mineurs.

Dans ce contexte complexe, les organisations humanitaires jouent un rôle crucial en documentant les violations des droits humains et les conditions de vie des populations civiles.

Mais comme le souligne Colette Braeckman dans son analyse publiée sur Afrique XXI, ces enquêtes peuvent également déranger. Les humanitaires présents sur le terrain deviennent parfois des témoins gênants dans un conflit où s’entremêlent enjeux militaires, économiques et politiques.

La disparition de Karine Buisset rappelle ainsi les risques auxquels sont confrontés ceux qui travaillent à documenter les violences et à défendre les droits des populations dans l’est de la RDC.

 

LK

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