« Le vouloir vivre collectif »

« Le vouloir vivre collectif »

A BUKAVU, FABRICE PUELA ET DÉNIS MUKWEGE S'ACCORDENT POUR UNE JUSTICE TRANSITIONNELLE [Récit]

En plein milieu d'après-midi du vendredi, le ministre des Droits humains Fabrice Puela et son convoi sont arrivés à Bukavu dans le Sud-Kivu. Il y est dans le cadre de son itinérance à l'Est de la République démocratique du Congo. Près de 30 minutes de route de l'aéroport de Kavumu au gouvernorat pour échanger avec le gouverneur et donc ouvrir sa ronde.

De là, direction Panzi où l'attendait le Prix Nobel de la paix Denis Mukwege. S'en est suivi un échange d'une heure en aparté. Puis une brève allocution à l'auditoire composé des collaborateurs de deux personnalités, membres de la société civile et ceux du Bureau conjoint des Nations Unies aux droits de l'homme, mais également quelques membres du cabinet du gouverneur.

« Les victimes n'ont pas besoin de cadeaux, elles ont plutôt besoin d'une réparation qui soit à la hauteur des atrocités commises contre elles (...) Nous sommes convaincus que ce pays ne pourra avoir la paix sans justice. Nous devons nous construire sur une base solide où chacun saura respecter la vie de l'autre ou le bien de l'autre », s'est fendu Mukwege devant l'assistance enthousiaste, vantant les mérites de la justice transitionnelle et plaidant pour sa mise en place.

Lorsqu'il confirmera plus tard devant la presse, son soutien à l'œuvre du ministre : « à partir du moment où nous partageons la même vision des droits humains en République démocratique du Congo, nos voix peuvent se porter plus loin. Je crois que les droits humains ne sont pas les droits d'une tribu, ni les droits d'une personne mais plutôt les droits des humains. Nous partageons la même humanité. Je pense qu'au moment où nous partageons la même humanité, que nous défendons la même humanité, certainement nous ne pouvons qu'être derrière le ministre Puela et soutenir les actions qu'il est en train de mener. Nous, tous ensemble, pouvons bouger les montagnes. »

C'est au ministre de prendre mot. Il le fut tôt, devant l'assistance : « vous l'avez dit Docteur, les crimes n'ont pas de tribu, ils n'ont pas d'ethnie. Que vous soyez originaire de n'importe quel coin du pays, dès que vous tombez dans le guet-apens, on vous massacre (...)
C'est l'homme congolais qui est frappé dans sa chair et dans son âme. Nous sommes prêts à vous accompagner mais aussi à travers la justice transitionnelle. Nous avons longtemps négligé la victime, la justice classique mettant plus l'accent sur l'auteur (...)
J'évoque à travers la justice transitionnelle ce qu'Ernest Renant a appelé "le vouloir vivre collectif". On va panser les plaies de nos compatriotes victimes des atrocités et crimes ».

Au nom du président Tshisekedi et du gouvernement central, le ministre Albert-Fabrice Puela a présenté les civilités et le pardon à Mukwege, pour le traitement peu louable de l'ancien régime à son égard.

Tony-Antoine Dibendila


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