[Récit] La nouvelle croisade de Fabrice Puela au sud-ouest de la RD Congo

[Récit] La nouvelle croisade de Fabrice Puela au sud-ouest de la RD Congo

CONTRE LES CONDITIONS CARCÉRALES « PASSÉISTES ET HUMILIANTES... »

En début de semaine en cours le ministre congolais des Droits humains Albert-Fabrice Puela a repris sa canne de pèlerin. Direction les centres pénitentiaires de Luzumu, Madimba et Kasangulu dans le Kongo-Central. C'est dans la matinée que le convoi ministériel arrive aux pieds de la colline du Camp de détention de Luzumu, à plus d'une dizaine de kilomètres du village Mvululu, à une vingtaine de la cité de Kasangulu.

Accueilli par les charmes du directeur du Camp Justin Kasokwe après les honneurs de la garde pénitentiaire, le représentant du gouvernement central fait la découverte d'un joyau du système carcéral congolais. Au Camp de Luzumu, c'est le contraste de tous les autres prisons déjà inspectées jusque-là à travers certaines provinces du pays.

On y trouve centre de cinéma, salle d'apprentissage, atelier de couture, boulangerie, jardins... de la fraîcheur. Des cellules qui ne comptent pas plus de deux pensionnaires. Aussi, de cellules avec salle de bain, air des jeux très large, hôpital moderne et équipé avec pharmacie qui reçoit - au-delà des détenus - les patients venus des villages environnants. Magasin fourni en vivres, unité de captage d'eau, générateur puis panneaux solaires pour le courant électrique. Seulement, le mauvais état de la voie routière qui ne permet l'évacuation des productions de la prison et les primes des agents qui n'arrivent guère, représentent les deux principales difficultés.

S'adressant aux pensionnaires puis à la presse, le ministre Puela n'a pu retenir ses éloges.
« Je tiens à rendre hommages au président de la République et au gouvernement dirigé par le premier ministre Sama Lukonde. Ce que nous venons de voir au camp de Luzumu ici, c'est l'antithèse de tout ce que nous avons vu ailleurs. Ça se passe de tout commentaire. Je suis étonné que les standards de prisons que nous vivons ailleurs, nous puissions à ce jour les vivre ici. Pour dire que le Congo ce n'est pas que la médiocrité, la crasse (...) Ici la nourriture pour les prisonniers, y en a en abondance. Une prison où les détenus mangent trois fois, où la viande n'est pas un luxe, où les détenus paraissent en bonne santé. Nous sommes impressionnés par l'esprit d'initiative des dirigeants de cette prison. Les prisonniers, quelques crimes qu'ils aient commis restent des hommes. Et ici il y a de mécanismes de réinsertion. Ils apprennent de métiers (...) Nous avons le prototype, nous avons le modèle des prisons que nous devons avoir ».

Construit depuis l'époque coloniale, le camp de Luzumu servait à accueillir de grands bandits. Sauf qu'il fut victime de pillage en 1998. En 2000, le centre a été récupéré par le ministère de la Défense le transformant en Centre d'instruction des militaires : situation qui perdure durant plus d'une décennie. Ce n'est qu'en 2014 que le gouvernement, sous l'ancien premier ministre Matata Mponyo, le restituera au ministère de la Justice. Les travaux de réhabilitation seront lancés en 2016 et le camp de nouveau inauguré le 4 mars 2019. Ayant au départ une capacité d'accueil des 800 détenus, il n'accueille actuellement que 570, un pavillon irrécupérable étant complètement démoli.

*A Madimba et Kasangulu, les prisons au triste sort*

1h30 de route plus tard, le convoi ministériel se retrouve à Madimba. L'administrateur du territoire et les gestionnaires de l'Établissement de Garde et d'Éducation d'Etat (EGEE) vont le conduire au site qui abrite les vestiges de cet établissement, devenu Ecole Madimba 3. Construit en 1954, période coloniale donc comme la plupart de centres de détention congolais, pour une capacité d'accueil de près de 500 mineurs. L'établissement accueillait des enfants en conflit avec la loi et les formait aux différents métiers. Aujourd'hui, il a été abandonné.

La nouvelle ronde de Puela va enfin se clôturer à la prison de Kasangulu. Construite en 1953 pour une capacité de 100 détenus, elle est butée à ce jour à un manque d'infrastructures l'obligeant à mêler adultes et mineurs, à ne s'accorder un centre de santé... Sans compter la surpopulation carcérale et tous ce qui va avec. De là, le ministre et sa délégation quitteront la province pour regagner Kinshasa, siège des institutions, à 21 heures passées.

Tony-Antoine Dibendila


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