Voici comment « les quolibets » se tirent entre la Présidence congolaise et la Cenco

Voici comment « les quolibets » se tirent entre la Présidence congolaise et la Cenco

Tôt dans la matinée de mardi, l'opinion congolaise s'est réveillée avec une étonnante communication de la Présidence, en pleine gueule. Le texte porte pour intitulé « Élections 2023 : Ne confondons pas le rôle. » En fait, la Direction de la communication du président Tshisekedi brise ses réserves pour répondre, sans gant, au dernier message des princes de l'Église sous-titré « Le peuple attend toujours », qu'ils ont rendu public fin février.

Un contenu critique qui cible la gouvernance actuelle sur quasiment tous les fronts.

De l'insécurité de l'Est reprise par la formule « nous sommes profondément peinés par les informations reçues et l'écart entre les promesses faites et la réalité sur terrain que vivent les populations de ces contrées sinistrées par des groupes armés »; passant par le social « du fait que le quotidien des congolais ne s'améliore pas », les questions de la justice et des droits humains pour lesquelles les Évêques constatent « une régression », le renversement de la majorité parlementaire par le biais des actes dont « la moralité » pousse à se questionner...

Jusqu'à la mise en garde sur la tenue prochaine des élections générales « en 2023 et pas plus tard ». Non Sans oublier le projet phare du président Tshisekedi, la gratuité de l'enseignement, que les prélats catholiques décrivent les insuffisances en avouant tout de même que l'Église ne fait respecter cette gratuité qu'à 98,8% de ses écoles.

La Présidence réplique

Cinq jours plus tard, les services de communication du chef de l'État répondent aux Évêques, mais pas de la manière d'un gentilhomme.

« Après un mutisme longtemps observé sur la scène politique, les Évêques catholiques de la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco) font à nouveau parler d’eux. Pour peu, on croirait à un désir de buzz ou à une polémique tendancieuse. Ils ont, comme qui dirait, rajouté une couche aux hallucinations d’un journaliste en mal de sensation, Gauthier Rybisnki, d’une chaine française tout aussi critique à l’endroit du régime actuel, étalant ainsi à la face du monde des accointances mal dissimulées », est-il écrit d'entrée de jeu.

Accusant les Évêques de tenir un discours de la peur afin de « décourager » les probables investisseurs étrangers, dans ce contexte d'assassinat de l'ambassadeur italien Luca Attanasio, de son garde du corps Vittorio Lacovacci et du chauffeur du Programme alimentaire mondial qui les conduisait Mustapha Milambo, près du parc de Virunga au Nord-Kivu. Et se questionnant sur « le scepticisme » des Évêques alors que l'idée du « glissement de mandat n'a jamais effleuré l'esprit » du président congolais, assurent-ils.

De rebondir, « la Cenco veut certes porter la croix des sans voix en parlant insécurité, santé, autosuffisance alimentaire, bonne gouvernance, éducation, lutte contre la corruption etc... Mais il s’agit-là d’autant des chantiers prioritaires pour lesquels le chef de l’État s’investit corps et âme et ne ménage aucun effort. La gratuité scolaire qui ne semble pas plaire aux écoles conventionnées catholiques vient en première ligne puisqu’elle concerne nos enfants, l’avenir de la RDC. »

Quant aux réformes électorales et fiscales, les hommes du président confient qu'elles suivent son processus normal et que les projets de loi y relatifs sont en attente d’être examinées au Parlement et qu' « il n’y aura pas de place à la magie ! »

Les points de vue de la Présidence et de l'Église catholique, qui ont multiplié les rencontres dépuis l'entrée en fonction de Félix Tshisekedi, semblent se diverger. Sommes-nous à l'orée d'une amitié brisée ? Il est trop tôt pour répondre.

Tony-Antoine Dibendila


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